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Marcel Weinum et la Main Noire sont désormais honorés Place Saint-Étienne à Strasbourg

 Cérémonie très émouvante que celle qui a eu lieu à Strasbourg, place Saint-Étienne, le vendredi 5 décembre à l’occasion du dévoilement de la plaque à la mémoire de Marcel Weinum et de ses camarades de La Main Noire. Pour ceux qui n’ont pu y assister, qu’on nous permette de reproduire deux articles qui en ont, chacun à leur manière, rendu compte. « La ville de Strasbourg, écrit L’Alsace, a rendu hommage aujourd’hui vendredi au groupe de jeunes résistants de la Main Noire qui, de 1940 à 1942, ont multiplié les sabotages et attentats aux explosifs, tout en diffusant de nombreux tracts anti-allemands. Le sénateur-maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), a dévoilé devant 500 élèves du collège privé catholique Saint-Étienne une plaque en l’honneur du chef de ce groupe, Marcel Weinum, qui a été capturé par les Allemands et décapité dans la prison de Stuttgart (ouest de l’Allemagne) en 1942 à l’âge de 18 ans. Une citation du jeune résistant, – \"Si je dois mourir, je meurs avec un cœur pur\" –, figure sur la plaque fixée sur le mur extérieur du collège que Marcel Weinum fréquentait lorsqu’il a formé son groupe. Jean-Jacques Bastian, l’un des cinq survivants de la Main Noire, a raconté comment Weinum, qui \"avait une âme de chef\", avait pris la direction de cette formation qui comptait 25 garçons âgés de 16 à 18 ans. \"Rien n’est plus touchant que le spectacle d’un jeune qui s’insurge\", a-t-il déclaré en citant Charles Péguy. \"Nous ne pouvions accepter une annexion aussi monstrueuse, odieuse et infamante\", a poursuivi le résistant dont le surnom était \"Franzman\". Il a expliqué que le groupe s’était donné pour mission de confectionner des explosifs, de jeter des grenades et qu’il utilisait des pseudonymes et des codes secrets. La Main Noire était notamment l’auteur de l’attentat contre le Gauleiter (dirigeant de district) Robert Wagner nommé par Hitler en Alsace. Elle avait aussi jeté des pierres et des grenades contre des vitrines de Strasbourg et saboté des communications téléphoniques. Le doyen du collège Saint-Étienne a loué la \"démarche héroïque\" de ces jeunes gens qui se sont opposé à la surpuissance de l’occupant malgré leur jeunesse et leur manque d’expérience. \"C’était le combat de David contre Goliath\", a-t-il dit en soulignant leur engagement patriotique et leurs convictions religieuses. » (L’Alsace.fr, 5.12.2008)
 À l’occasion de ces cérémonies, Aurélie Feix a eu l’excellente idée de recueillir une interview de Jean-Jacques Bastian, l’un des survivants de La Main Noire  : « \"Avec Marcel Weinum, nous étions sur la même longueur d’ondes. J’étais protestant et lui catholique, mais le fondement était le même…\"  : Jean-Jacques Bastian est ému. L’homme de 84 ans – Nancéien d’origine – a fait le voyage depuis Montpellier pour assister à l’hommage rendu à Marcel Weinum et à ses camarades de La Main Noire. (…) \"Nous étions tous animés par un même esprit, se souvient Jean-Jacques Bastian. Le service de Dieu et de la patrie.\" Marcel Weinum, à l’origine du projet, coordonne les groupes. Très vite, une \"âme de chef \", se dégage du jeune Brumathois. Jean-Jacques Bastian donne le nom de la \"coalition secrète\". La \"main\", pour le côté actif de l’organisation. Et \"noire\", en référence au chant scout \"Le Chevalier à la plume noire\". \"Cela me rappelait la vision du cavalier noir surgissant dans la forêt, alors que nous étions en pleine jungle hitlérienne…\" Pendant un an et \"en prenant des risques\", le groupe combat l’Occupant par des écrits et des actes de sabotage. L’une des actions les plus importantes est menée par Marcel Weinum et Albert Uhlrich en mai 1941. Ils lanceront des grenades sur la voiture du Gauleiter, Robert Wagner. Un épisode dont \"les Allemands n’ont pas parlé. Étant invincibles, il ne fallait pas qu’ils montrent qu’ils avaient été touchés\", note Jean-Jacques Bastian. Lequel se souvient de ses propres actions, ciblées sur l’un des symboles nazis. \"Les oriflammes allemandes avec la croix gammée, c’était sacré pour les soldats. Nur die Fahne ist mehr als der Tod\"(Seul le drapeau signifie plus que la mort ), disaient-ils. J’avais chez moi des pièces mécaniques, avec lesquelles je fabriquai un lance-pierres. J’avais remarqué qu’en mettant des pointes en U dans ma direction avant de tirer, le projectile se retournait sur la trajectoire… On détruisait ainsi les drapeaux allemands !\" Arrêté par la Gestapo avec d’autres camarades, Marcel Weinum est condamné à mort en 1942. Le 14 avril, il est décapité à la prison de Stuttgart (Allemagne), \"dans un décor diaboliquement sinistre\". Il n’a que 18 ans. Jean-Jacques Bastian se trouve au même moment emprisonné au camp de Schirmeck. Aujourd’hui, ils sont encore cinq survivants de La Main Noire. Pour l’octogénaire, la plaque du collège Saint-Étienne \"informera le passant de la victoire de la jeunesse alsacienne sur l’Occupant allemand\". Et pour le directeur du collège Christian Cantegrit-Roehrig, elle rappellera aux élèves \"les actes héroïques accomplis par des jeunes de (leur) âge, qui se sont posés comme Résistants\". » (Le Pays.fr, 9.12.2008)