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Les poètes inventent l’Europe, à Paris, Maison de la Poésie, du 29.09 au 14.11.09

 « Les poètes inventent l’Europe », tel est le titre du cycle de manifestations exceptionnel imaginé et dirigé par Jacques Darras et Claude Guerre cet automne à Paris. Ce cycle s’étendra sur près de deux mois, du mardi 29 septembre au samedi 14 novembre 2009, et aura lieu à la Maison de la Poésie de Paris, 157, rue Saint-Martin, 75003 Paris (M° Rambuteau ou Les Halles, Tél. 01 44 54 53 00). 
 Le constat qui est à la base de cette initiative, la première de ce genre à Paris, est le même qui a été à l’origine des Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg et du Prix Européen de Littérature dont les Éditions Arfuyen sont l’éditeur partenaire depuis leur création en 2005. Nos sommes heureux de collaborer avec Jacques Darras à cette initiative forte autant que nécessaire. On trouvera ci-dessous des extraits du document-manifeste rédigé par Jacques Darras à l’occasion de son lancement.
 « Il y a une panne de désir évidente pour l’Europe. On l’a vu clairement en France aux toutes récentes élections européennes. Les jeunes Français, en particulier, ne se sont pas rendus aux urnes. Comme s’ils n’étaient plus concernés. On pourra mettre cette désaffection sur le compte d’une désaffection plus générale pour la politique. Rares sont en effet les espaces politiques dans le monde d’aujourd’hui où se manifeste un quelconque enthousiasme. C’est sans doute le résultat d’un siècle, le vingtième, où la primauté du politique a littéralement écrasé l’individu sous le poids du collectif. Le désarroi des constructeurs et des penseurs de la politique est grand. Leur constat, sans appel. […] 
 « La politique et le chant ne font pas bon ménage. Or l’Europe que nous connaissons s’est présentée à nous depuis le Traité de Rome en 1951 comme une affaire exclusivement politique. D’abord arc-boutée au Mur de Berlin dans une défense des libertés individuelles, avant d’être trouée de brèches par lesquelles se sont engouffrées les peuples est européens, l’Europe est devenue une sorte de grande Suisse sans véritables institutions fédérales, espace de paix relative où les mémoires nationales digèrent leurs anciens conflits. Aucun enthousiasme donc, aucune volonté fusionnelle, mais doit-on nécessairement le déplorer ? Edgar Morin, qui intervient dans le débat, le pense. “Cette crise, dit-il, est la conjonction d’un ensemble de crises : des institutions, de la volonté politique commune, de la démocratie et d’une imagination créatrice. On a l’impression d’une sclérose intellectuelle généralisée”. À quoi Marcel Gauchet, confirmant le diagnostic, répond : “Je crois que si une renaissance européenne peut se produire, c’est sur le terrain culturel, spirituel et intellectuel”. C’est une vieille antienne. Jean Monnet, déjà, disait regretter de ne pas avoir commencé l’Europe par la Culture plutôt que par le charbon et l’acier. Or l’on ne décrète pas la Culture, on ne « réenchante » pas par simple opération de volonté. Sauf à se retrouver dans une dictature de type napoléonien, hitlérien ou stalinien. Qui est précisément la situation dont l’Europe moderne et nouvelle nous a enfin sortis après plusieurs siècles de rivalités sanglantes. D’où, assurément, ce sentiment d’impasse où sont nos politiques. Où est la politique, quant à la construction européenne. Qu’il n’y ait plus de relais à la politique hors de la politique est somme toute une bonne chose. Les arts ne sont plus aujourd’hui une courroie de transmission. Un tel constat n’empêche pas, cependant, de réfléchir à la notion d’inspiration et de souffle, si désespérément invoqués par nos hommes politiques. S’ils sont trop courts d’inspiration en matière d’Europe, leur conseillera-t-on d’aller voir de plus près la poésie européenne ? Autrement dit, reviendrait-il aux poètes de l’Europe contemporaine de manifester l’enthousiasme, la vision, l’imagination défaillante dans la politique ? […]
 « Que peut la poésie dans un tel paysage ? Non pas la “fausse poésie” des médias et de l’émotion à fleur de manche mais la “véritable poésie”, dont la présence sensible et souvent aiguë à la langue est un indicateur exact des régimes de confiance politique au monde et à l’environnement plus ou moins grands. […] Pour autant que nous le sachions en effet, et à preuve de confirmation ou d’information par la rencontre prévue, l’Europe des poètes n’existe pas. Il existe simplement des poètes européens, qui vivent dans des pays de l’Europe, écrivent dans plusieurs langues européennes, se croisent quelquefois dans des festivals européens mais plus souvent encore dans le monde entier. Comment et pourquoi donc se concevraient-ils comme poètes Européens ? […] Bien sûr la barrière des langues est en l’occurrence extrêmement dissuasive. Mais c’est justement le privilège du poète de travailler à la frontière des langues. À commencer par la sienne propre. La traduction, on le sait, est inhérente à la poésie. Langue d’accueil ou langue d’exil, le poème se sait et se souhaite nomade. […]
 « La construction européenne avance désormais devant elle avec la maîtrise de son passé, la conscience aiguë des aléas de la route à venir et l’ouverture sur un horizon en construction, à la fois inconnu et pressenti, suivant l’axe de la paix. Nous avons pour l’occasion envie de parler d’utopie pragmatique. Ce qui correspond à la figure de discours nommée “oxymore”. Infiniment moins “fusionnelle”, pour sûr, que la métaphore surréaliste, trop plaisamment irresponsable. Ici, désormais, il faudra tenir ensemble la lucidité et le désir, le passé et le futur, le connu et l’inconnu, sans prétendre jamais les rabattre l’un sur l’autre. Cela exigera un effort considérable de vigilance. De veille poétique. Inventer l’Europe oui, mais non pas tant dans la sagesse d’un “réenchantement” que d’un “inaboutissement” consenti. »