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Les peintures de Nicolas Dieterlé à la Galerie Moisan

 Du 27 juin au 13 juillet 2013 aura lieu à la Galerie Frédéric Moisan, 72 rue Mazarine, 75006 Paris, la première grande exposition dans une galerie parisienne des dessins et peintures de Nicolas Dieterlé. Son titre : La vie verticale.  Dans le même temps paraît aux éditions Libel un admirable catalogue raisonné de l’œuvre graphique de Nicolas Dieterlé : De la figure au paysage, un art poétique, Nicolas Dieterlé, dessins et peintures. L’avant-propos en est signé par le grand linguiste et historien d’art Pierre Encrevé. La préface est due au peintre Gaetano Persechini. 
 « Ouvrir le catalogue raisonné des œuvres sur papier de Nicolas Dieterlé, écrit Pierre Encrevé, c’est faire la découverte d’un grand dessinateur inconnu […] Les 800 dessins et aquarelles rassemblées ici donnent à voir l’ampleur d’une œuvre secrète, demeurée par la volonté de son auteur en dehors du marché de l’art et de son histoire et prenant soudain toute sa dimension : considérable. Reste que comme tous les \"irréguliers\" qu’on rencontre en peinture, en musique, en littérature, les sans-papiers de l’art, les sans domicile fixe dans un groupe, un courant, une école, une galerie, il n’est pas simple à écouter et moins encore à entendre et, dans la prolifération sans fin d’œuvres artistiques aujourd’hui, il faudra un temps pour que la réception savante sache l’accueillir et le commenter justement. Le lien à tisser entre les deux cordes de son arc si tendu, poésie et dessin, devrait y aider décisivement.
 « La chronologie de ce vaste ensemble ne pouvant être établie, faute de toute indication, tout indice, le catalogue obéit à des regroupements par thèmes. Il ouvre sur des Visages suivis de Portraits et de Personnages... quelques Paysages, très minoritaires, apparaissant ensuite. Cette disposition est judicieuse qui dévoile d’un coup ce que les rares images diffusées jusqu’ici ne laissaient pas prévoir : un dessinateur d’une présence indiscutable, mais très loin d’une image trop adoucie de leur auteur : un dessinateur dont la force n’est pas sans violence.
 « Une section a été nommée \"Visages torturés\", mais c’est l’ensemble des dessins de Visages, Portraits, Personnages et Bestiaires qui manifeste une figuration essentiellement défigurative : les visages sont attaqués, violentés, subissant toutes sortes de superpositions, rayures, déformations. Chez Dieterlé la personne représentée qui n’est pas inquiétante est le plus souvent inquiétée par l’auteur. On peut parler de fantastique, d onirisme proche du surréalisme devant ces \"Visages habités\" de bêtes, de petits personnages, de signes divers – mais contrôlés. Comme si l’important, une fois la figure évoquée, était de la masquer, la recouvrir, la mettre à distance – sans laisser pourtant la violence ou le songe envahir tout le champ. […]
 « C’est dans ces dessins qui ne laissent pas l’esprit du regardeur en repos que le dessinateur manifeste avec le plus de virtuosité son art propre, sa puissance de trait et d’imagination. Nicolas Dieterlé a dû regarder Louis Soutier, Louis Pons aussi peut-être, comme on sait qu’il a longuement interrogé l’œuvre dérangeante de Wölfli, et d’autres encore de ces grands marginaux auxquels il s’apparente de loin, dont le dessin prolixe traduit dans une langue inaccessible ce que le discours ne peut dire. Mais il s’éloigne d’eux par une sorte de limite : la rêverie ne vire jamais au délire, le monde projeté n’est jamais coupé absolument du nôtre, vers lequel rien n’empêche à tout moment de revenir.
 « Par quoi ces dessins ne sont pas radicalement séparés des autres faces de l’œuvre de Nicolas Dieterlé, telles ses aquarelles de paysages de montagne, apaisées, sereines, ouvrant sur un tout autre imaginaire nettoyé d’inquiétude et d’angoisse, plus proches de ses derniers textes célébrant son amour de la nature et de la beauté et sa soif spirituelle. Si la plume y est moins incisive, moins personnelle, la couleur enrichit l’image d’une sensibilité parfois bouleversante. »