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La mort de Jean Mambrino

 Notre ami Jean Mambrino nous a quittés. Nous reproduisons ci-après le bel article publié par le journal La Croix le lundi 1er octobre. 
 « L’œuvre de Jean Mambrino est l’une des plus importantes de la poésie française de ces dernières décennies, à la fois par sa variété, son abondance et sa singularité. II est mort le 27 septembre à Lille, à 90 ans.
 ’’La poétique de Jean Mambrino se situe d’emblée dans la ligne de celle des écrivains qui cherchent à traduire la réalité dans ce qu’elle a d’essentiel, la présence de l’être en ce qu ’il a de plus authentique et de plus pur’’
, disait de lui le jésuite Claude Tuduri, lors d’une conférence en juin 2010 sur les jésuites et la littérature. De fait, Jean Mambrino a su toute sa vie concilier sa vie de jésuite et de poète reconnu : il avait reçu en 2004 le Prix de littérature francophone Jean-Arp pour l’ensemble de son œuvre. Il vient de mourir, à Lille, le 27 septembre.
 « Né à Londres en 1923 d’ancêtres florentins, andalous et champenois, Jean Mambrino a vécu à Londres jusqu’à l’âge de 7 ans, puis à Paris. Après le Service du travail obligatoire comme bûcheron en Dordogne, où il restera jusqu’à la Libération, il étudie les lettres, la philosophie et la théologie, puis intègre la Compagnie de Jésus en 1954. À Londres, où il séjourne fréquemment, il fait la connaissance de T. S. Eliot et de Kathleen Raine. Il entre ensuite en contact avec Jules Supervielle et René Char, ainsi qu’avec Henri Thomas, André Dhôtel et Georges Simenon. Ses poèmes commencent à paraître dans la revue italienne Botteghe oscure, dans les Cahiers du Sud et à La Nouvelle Revue française.
Pendant quinze ans, Jean Mambrino est à Amiens puis à Metz, comme professeur de lettres et de langue anglaise, tout en animant une troupe de théâtre. Il a d’ailleurs eu pour élève, à Metz, l’un des grands dramaturges français contemporains, Bernard-Marie Koltès. Durant toute cette période de sa vie, il ne publie rien, si ce n’est un recueil de poèmes sous le titre Le Veilleur aveugle (Mercure de France, 1965). Revenu à Paris en 1968, Jean Mambrino est chargé d’assurer la critique littéraire et dramatique de la revue Études.
 « Il publiera un second recueil en 1974, dans la collection de \"La Petite Sirène\" fondée par Louis Aragon. Sa poésie, simple dans sa forme, trouve son originalité dans ses riches évocations symboliques de la nature. \"La poésie, écrivait Jean Mambrino, est un langage silencieux qui efface ses propres traces, pour qu ’on entende ce que les mots ne disent pas.\" D’autres recueils suivront, notamment Clairière (1974), Sainte Lumière (1976), et L’Oiseau-Cœur (1979) qui reçoit le prix Apollinaire, puis Le Palimpseste ou les dialogues du désir (1991), N’être pour naître (1996), et plus récemment Les Ténèbres de l’espérance (2007) et Grâce (2009). Jean Mambrino est également l’auteur d’ouvrages stimulants sur la littérature : Le Chant profond, Lire comme on se souvient et La Patrie de l’âme » (Claire Lesegretain).