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La mort de Bernard Vargaftig

 Notre ami Bernard Vargaftig est mort le 27 janvier 2012 à Avignon. Nous n’oublierons pas les moments émouvants que nous avions passés avec lui lorsqu’avec son épouse, Bruna, il nous avait fait le plaisir de venir aux Rencontres Européennes de Littérature à Strasbourg : attentif, fragile, inquiet, mais aussi enthousiaste et généreux. Il avait quitté les rigueurs du climat lorrain pour s’installer dans la cité des Papes, non loin de ces lieux où nous avions tant aimé, autrefois, rendre visite, aux Jardins-Neufs, au merveilleux Jean Tortel. Pour rendre hommage à Bernard Vargaftig, avec cette discrétion et cette pudeur qui le caractérisaient tellement, qu’on nous permette de reproduire le bel article que donna Antoine Emaz pour saluer son dernier recueil, Ce n’est que l’enfance, paru en mars 2008 aux Éditions Arfuyen à l’occasion de la remise du Prix de Littérature Francophone Jean Arp 2007 qui lui avait été décerné quelques mois avant pour l’ensemble de son œuvre. 
   « On mesure une nouvelle fois par ce livre, écrivait Antoine Emaz, avec quelle constance la poésie de Vargaftig orbite autour de l’enfance. Ce n’est pas tant tel fait qui importe que la puissance de l’impact dans une conscience d’enfant, au point que reviennent les termes de \"frayeur\", \"stupeur\", \"terreur\" pour tenter de nommer l’émotion vécue. \"Le récit est-il insaisissable ?\" Oui, parce que ce qui a lieu, c’est \"Cela avant les mots\". Et la mesure exacte du vers de Vargaftig, ses suites de quatrains non rimes, voilà l’outil qui va permettre à l’adulte de dire sans dire ce qui continue d’appeler au plus intime de cette mémoire où le mouvement de retour peut être aussi facile que celui de l’effacement. \"L’ensoleillement la / Vitesse où la vitesse s’ouvre / Un mouvement un mur une ruelle / Dans un cri avant d’être nommés\".
Prendre de vitesse la mémoire et advenir à la parole comme pour sortir de la peur et de la contradiction entre devoir taire et devoir dire : \"Frayeur respirée / Venue de l’été comme ce qui est tu / Comme de l’enfance où l’enfance / Appelle dans les dévalements\".
   « Le livre-DVD [qui paraît en même temps aux Éditions Au diable vauvert] est riche dans la mesure où il met l’œuvre et l’homme en perspective : le film est constitué de dialogues avec Cécile Vargaftig, de lectures, et de plans de nature. Le poète revient sur son passé (\"Mon enfance, elle est au présent, pas au passé\"), la guerre, ses racines juives (la scène au cimetière est émouvante avec le train de banlieue qui vient rayer l’espace et indique qu’il n’y a pas d’arrêt de l’histoire), l’engagement politique (\"il n’y a pas d’artiste qui soit dégagé\")... Mais il y a aussi tout le travail d’écrire : une très belle scène de tâtonnement exact autour du vers \"Comme rien ne s’approprie de lilas\", ou bien l’éloge à trois maîtres (Reverdy, Jouve, Hugo), ou bien encore le bonus sur Vargaftig « champion de France du hiatus »... Il y a une gravité tendre dans ce film qui fait vivre un poète à son rythme, pour aboutir à : \"La question est : comment tenir debout dans ce monde ?\" (ce texte a paru dans dans la revue CCP Cahier Critique de Poésie).