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L’Europe des altérités partagées

jeudi 1er janvier 1970

 Les 5° Rencontres Européennes de Littérature ont remporté cette année un beau succès par la force du message qu’elles ont fait passer, donnant toute sa signification à cette manifestation unique en son genre, et par le vif intérêt qu’elles ont suscité auprès d’un large public.
 
« C’est avec plaisir sensible et gourmand, note Antoine Wicker, qu’Alberto Manguel a ouvert au palais universitaire les 5° Rencontres européennes de littérature à Strasbourg. Très politique méditation. Conférence inaugurale, qui traditionnellement veut envisager à hauteur de généreuse universalité la question de la littérature : parfait cosmopolite et lecteur accompli, Alberto Manguel à cet égard s’imposait, après par exemple Jean Bollack il y a deux ans – l’Argentin eut ici une pensée spontanée pour les longs mois qu’un jour il passa dans l’intimité de la Bibliothèque humaniste à Sélestat pour y entamer l’écriture de son Histoire de la lecture. Et Manguel invita en termes concis à très politique méditation sur l’un des paradoxes, dit-il, de la symbolique de la tour de Babel, et de la multiplication des langues qui sanctionna l’orgueil de ses bâtisseurs : une punition en même temps que la révélation d’une formidable richesse – \"une langue unique ne nommera jamais le tout d’une identité ou d’une vérité\", dit Manguel ; et voilà qui impose à chacun, à chaque citoyen comme à chaque écrivain et journaliste, de « porter témoignage », ce que Manguel examina à la lumière de la leçon de Socrate ou de Cervantès, à travers son Don Quichotte, comme de la leçon de l’histoire contemporaine, et de l’assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaia particulièrement.
  « Il faudrait, pour sauver sa peau, renoncer à dire le vrai ? « Puisse le ciel exister même si ma place est en enfer », opposa Borges, et avec lui Manguel, à la commune régression démocratique : à tous les négationnismes passés, présents et à venir, à toutes les entreprises idéologiques et politiciennes qui voudraient nettoyer nos identités contemporaines de toutes les sources qui les constituent - et Manguel fait référence explicite au débat qui agita cet hiver nos préfectures –, comme à la simple injustice quotidienne érigée en système de gouvernement économique et financier, il faut opposer chaque matin et toujours, dit-il en substance, la \"persévérance de la vérité\". Et nulle voix dans cet universel combat n’est inutile, conclut Alberto Manguel. (.…)
 « 
Ces Rencontres avaient été ouvertes au palais universitaire de la ville par Alberto Manguel, et ce fut pour Alain Beretz, président de l’Université strasbourgeoise, l’occasion de redire la conviction qui inspire son clair soutien à l’engagement éthique et européen qu’incarnent ces Rencontres – l’Europe, dit-il, se construit au quotidien de l’action universitaire et intellectuelle, artistique et culturelle, plus sûrement que dans l’enceinte politique.
 « Daniel Payot le lendemain ne dit pas autre chose, au moment de remettre à la poétesse grecque Kiki Dimoula, à l’hôtel de ville, au nom de Roland Ries et Jacques Bigot, le Prix européen de littérature : la concrète entreprise poétique, depuis cinq ans, de l’Association Capitale européenne des littératures incarne exemplairement, « dans un ton et à une échelle justes », l’Europe des « altérités partagées » que ville et CUS en leur action dans le domaine littéraire veulent manifester, indiqua l’adjoint en charge des dossiers culturels de la ville - il distingue en tout cela, dit-il, « une éthique aujourd’hui nécessaire ».
 Et André Reichardt de la même façon, au titre du conseil régional et en termes heureusement inspirés, y salua la mémoire de René Schickelé, disparu il y a soixante-dix ans et lauréat, à travers ses traductrices Irène Kuhn et Maryse Staiber, du Prix du patrimoine de l’ACEL. A propos de deux de ses textes aujourd’hui publiés, Le retour (chez bf) et Paysages du ciel (chez Arfuyen), et autour d’une experte et forte contribution de Charles Fichter, les Rencontres avaient dès vendredi évoqué oeuvre et vie de cet enfant d’Obernai et témoin remarquablement engagé de ce que fut au siècle dernier certaine passion de l’Alsace contemporaine.
 « À Pierre Dhainaut, lauréat du Prix Arp de littérature francophone, hommage fut rendu en librairie – chez Kléber –, et Pascal Maillard en particulier y salua au nom de l’ACEL l’original souffle poétique et éditorial de l’auteur de Plus loin dans l’inachevé. Et c’est au Palais du Rhin – la Direction régionale des affaires culturelles est un autre partenaire de ces Rencontres – que Denis Louche a accueilli l’ultime et chaleureux hommage de ces journées, à Kiki Dimoula et à son traducteur, Michel Volkovitch, lauréats du Prix européen de l’ACEL. Dinah Faust y donna en français quelques pages de la populaire Athénienne, et Volkovitch y désigna d’un mot certaine émotion qui présida à la séance : \"C’est le moment de dire à la Grèce que nous l’aimons, que nous avons besoin d’elle, que l’Europe sans la Grèce n’est pas elle-même\" » (Dernières Nouvelles d’Alsace, 18.03.2010).