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Georges Limbour est de retour

lundi 13 décembre 2010

 Dans le numéro 2 de la revue Arfuyen, publié à l’automne 1975, figurait un dossier d’hommage à Georges Limbour. Ouvert par des textes de Gaëtan Picon (« Une écriture de vie ») et de André Dhôtel (« Limbour et Rimbaud »), ce dossier comportait plusieurs inédits : une lettre de Limbour à Jean Paulhan (Varsovie, 1937), des récits retrouvés, et deux extraits d’u livre sur Jean Dubuffet resté inédit, Le Recensement universel. Nous nous réjouissons que, grâce à Antoine Jaccottet, l’œuvre de ce grand écrivain ressurgisse aujourd’hui, et par l’un de ses côtés les plus intéressants : le rapport à la peinture et aux peintres.
 Né au Havre en 1900, Georges Limbour s’était lié, en effet, dès l’adolescence à Jean Dubuffet, Armand Salacrou, Pierre Bost, Raymond Queneau et Jean Piel. Venu avec Dubuffet étudier la philosophie à Paris, il y noue de nouvelles amitiés lors de son service militaire (André Dhôtel, Marcel Arland, Roger Vitrac, René Crevel). Il devient ensuite un proche d’André Masson et donc un habitué du groupe de la rue Blomet. Il publie en 1924 chez Kahnweiler un recueil de poèmes, Soleils bas, qui lui vaut l’admiration déterminante de Max Jacob. Ce sont ensuite des récits (L’Illustre Cheval blanc), puis des romans (Les Vanilliers, La Pie voleuse, Le Bridge de Madame Lyane, La Chasse au mérou) qui paraissent chez Gallimard avec l’appui de Paulhan. Parallèlement, il exerce le métier de professeur de philosophie et, à partir de 1944, celui de critique d’art pour de nombreux journaux et revues. Il meurt brutalement en 1970. 
 Le volume qui paraîtra en novembre aux édition Le Bruit du temps réunit pour la première fois l’ensemble des écrits sur l’art de Georges Limbour, dont les premiers textes sur la peinture datent de 1924, peu de temps après sa rencontre avec André Masson, dans le célèbre atelier de la rue Blomet. Mais c’est après la première exposition de son ami d’enfance Jean Dubuffet, en 1944, que le poète de Soleils bas, tout en continuant à publier récits et poèmes, va faire de la critique d’art son activité principale, arpentant inlassablement salons, galeries et ateliers parisiens jusqu’à sa mort en 1970. La réunion de ces quelque 350 textes, pour la plupart jamais réédités depuis leur parution dans les innombrables journaux et revues auxquels Limbour collabora, compose un panorama extraordinairement vivant de la vie artistique à Paris dans le quart de siècle qui a suivi la Libération, période qui voit les débuts en France de l’art abstrait, alors même que les grands artistes qui ont dominé la scène avant guerre, et au contact desquels Limbour s’est formé – Picasso, Braque, Miró, Masson – poursuivent leur activité. L’intérêt de cette somme ne se réduit pas à cette valeur historique pour tous ceux qui s’intéressent à cette période et à l’un ou l’autre des innombrables artistes, galeries, revues qui figurent dans l’index de l’ouvrage. Limbour est un merveilleux écrivain, passionné de peinture, son exercice de la critique d’art s’inscrit sans démériter dans la tradition bien française des écrivains qui, depuis Diderot et Baudelaire, chroniquent les traditionnels Salons et expositions de leurs contemporains, et confrontent leur poétique propre à celle de leurs amis peintres. « Il va falloir transposer en mots le langage de la matière, bref, faire ce travail herculéen, opérer ce miracle : donner la parole à un muet » (Georges Limbour, « Les parts inégales », 1955).