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Georges Guillain inaugure
les éditions des Découvreurs

mardi 7 avril 2015

Georges Guillain est à l’origine du Prix des Découvreurs lancé en 1997 par la ville de Boulogne-sur-Mer. Décerné chaque année par un jury constitué de plusieurs centaines de lycéens et de collégiens de troisième, il a distingué des poètes comme Pascal Commère, Gérard Noiret, Valérie Rouzeau, Mohammed Dib, Eugène Savitzkaya, Olivier Barbarant, Jacques Lèbre, André Velter, Anise Koltz et Ludovic Degroote.

Près d’atteindre sa vingtième année, le Prix des Découvreurs se fait éditeur et inaugure son catalogue par deux ouvrages signés de Georges Guillain. Intitulé 22 mouvements / mn, le premier est un ensemble de réflexions sur la poésie, la voix et l’écriture. « J’apprends à écouter les voix. Et les voix dans la voix. A les faire un peu reconnaître. Non pour isoler la voix pure. De qui ? De quoi ? Mais pour en définir le texte. En montrer le tissu. Susciter des variations de timbre. Des appropriations de couleurs. Provoquer le désir de voix. Des montées de parole. Pas nécessairement pour mieux donner à voir le monde, mais comme l’écrit si bien Francis Ponge, pour donner ‘’à jouir à ce sens qui se place dans l’arrière gorge’’ ».

Si cette voix est clairement entendue, alors se fait entendre aussi ce qu’elle porte, ce désir secret, ce brûlant témoignage qui cherche à se dire et que le plus souvent nous ne voulons pas entendre : «  Sans doute, écrit Georges Guillain, qu’il existe quelque chose en nous et aussi dans le monde qui attend d’être dit. Attend avec plus ou moins de nécessité. D’impatience. D’exigence. Selon les circonstances, les sensibilités. Et la façon dont nous nous tenons plus ou moins à distance du sentiment merveilleux et terrible aussi de notre vie. Ce qui cherche à se dire n’a toutefois rien d’une vérité. D’une connaissance arrêtée. D’une proposition assurée qui ne tromperait pas. Ce qui cherche à se dire est indéfinissable. Impossible à fixer. Un mouvement plutôt qu’un chiffre. Une vibration. Un rythme. Ce qui cherche à se dire ne relève pas de l’idée mais de la force. De l’élan. Les mêmes qui sont à l’origine du poème quand les premiers mots avancés, les premiers enchaînements de rythmes et de sonorités, les toutes premières associations d’images et de souvenirs vous aspirent dans le grand tourbillon proche des formes auxquelles votre expérience propre vous a rendu plus particulièrement sensible. »

C’est cette voix-là, évidente et mystérieuse, que fait entendre le bref recueil de poèmes qui paraît simultanément sous le titre et de l’hiver assez ! Et l’on, aime à retrouver chez l’infatigable animateur le poète de Ménagerie avec restes de chien, merles (éd. Rehauts, 2008) et de Avec la terre au bout (éd. La Feugraie, 2011). « Là rire intact et courbure idéale du monde. Sans effroi sans effort la terre continue. L’herbe est sûre. On n’a plus à trembler. Tout a perdu son goût amer. Le ciel est de lait gras sur les tuiles. Quand même suffira-t-il de trois quatre fois rien pour se la figurer cette heure où tout fait croire encore à l’enfance du jour : le pré ses laiterons ses plats d’herbes placides avec les bêtes lentes dans le vert qui meuglent. Le désordre des haies longtemps les accompagne. On passe aussi derrière leur chaleur qu’on voit monter des bouses qui s’écroulent. Quand même on se demande si tout ce bonheur va durer serrant ses doutes comme un cadeau mal ficelé. »