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Anise Koltz, Prix Servais 2008

jeudi 1er janvier 1970

 Anise Koltz a reçu le 3 juillet dernier le Prix Servais 2008 pour son dernier recueil de poèmes, L’ailleurs des mots, publié en 2007 chez Arfuyen. Le Prix Servais est la plus haute distinction littéraire du Luxembourg. Il a été remis à Anise Koltz par le Président de la Fondation Servais, M. Edmond Israël, en présence du Premier ministre luxembourgeois, M. Jean-Claude Juncker, de l’ancien Premier ministre et du ministre de la Culture. Citons ici l’un des articles qui ont salué à cette occasion cette grande dame des lettres européennes. Signé de Gaston Carré, il a paru dans le journal La Voix / Luxemburger Wort (25/06/2008).
 « Couronné du Prix Servais 2008,
L’ailleurs des mots était un livre attendu, le voici advenu, et le voici qui d’emblée brûle qui s’y risque, car cet ailleurs-là est terrible. Terriblement ardent, terriblement dolent et diablement ambigu, entre exécrations et éblouissements, nouvelles profanations et ultimes enchantements, à la fois incandescent et étrangement quiet, tumultueux comme une trombe et apaisé comme un ressac, comme une marée après le raz, comme si Anise Koltz s’adressait à nous d’un ailleurs en effet, d’un par-delà les mots, de l’évanescent filigrane qui d’Anise révélerait un dernier palimpseste. (...) Anise était allée loin, très loin déjà dans cette spéculation ; il semble qu’elle eût voulu aller plus loin encore par cette nouvelle immersion, qui laisse le lecteur en apnée, pantois devant la somptueuse véhémence de ces poèmes. 
  « Immersion, d’abord, dans le puits sans fond du moi, où l’être in fine est néant – ’’Mon nom est absence\". Immersion dans les affres de la création, où la formulation est infernale parturition – ’’Chaque poème est une descente aux enfers’’. Immersion aussi dans le bleu du ciel, qui est vide – ’’Je ne crois plus à la rémission des péchés, je ne crois plus à la résurrection’’. Immersion dans la matrice originelle, imbibée de sang et de larmes – ’’Je suis née brutalement, / À ce déchirement je n’ai rien pardonné’’. Cette immersion-là, tragique récurrent dans les textes d’Anise Koltz, culmine une fois encore dans l’évocation d’une genèse honnie, d’un engendrement qui une vie durant lui fera expier ’’le péché d’être né’’, engendrement qui la nie, la lie et l’asphyxie : ’’Je suis Jonas enfermé dans sa chair, se noyant dans son sang’’. (...)
 « Il y a, au demeurant, une sorte de rédemption annoncée en cette poésie du dépassement : ’’Dans mes poèmes je dépasse ciel et terre, / J’anéantis le paradis j’efface la faute’’. Anise a soldé son existence et réglé son compte au monde, pour le meilleur et pour le pire, Anise est ailleurs désormais, un ailleurs paradoxalement apaisé, qui porte les marques d’une pérennité : ’’De l’étreinte à l’arrachement, / Brûlant le feu noyant l’océan, je vis’’. L’ailleurs des mots est puissante affirmation d’une vitalité, et en ce par-delà où elle s’énonce Anise Koltz plus que jamais nous est proche, et éternelle. »