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Alain Suied nous a quittés

 Alain Suied est mort à Paris jeudi 24 juillet au terme d’une longue et éprouvante maladie. Il était âgé de 57 ans. « Né à Tunis le 17 juillet 1951 dans l’ancienne communauté juive de la ville, rappelle Patrick Kéchichian dans Le Monde (13.08.2008), il était arrivé à Paris, avec ses parents, en 1959. C’est en 1968 que la revue L’Éphémère publie son premier poème. Grâce au parrainage et à l’amitié d’André du Bouchet, principal animateur de cette publication, il fait paraître un livre de poèmes, Le Silence, au Mercure de France en 1970, suivi trois ans plus tard de C’est la langue. Louis-René des Forêts sera aussi parmi ses premiers lecteurs. Dans ces deux premiers recueils s’affirme la voix sans concession d’un jeune homme d’une étonnante maturité, toute d’intériorité et d’audace. Longs vers rythmés, reprise et élargissement des thèmes, usage singulier de l’image qui accompagne et amplifie la quête métaphysique... À l’écart des courants poétiques dominants - formaliste d’un côté, lyrique de l’autre –, ce lecteur de Rilke et de Hölderlin, mais aussi d’Éluard, de Char et d’André Frénaud – \"poète ontologique\" qu’il reconnaît comme l’un de ses pairs – donne mission à la poésie d’approcher le mystère de l’être. La découverte, dans les mêmes années, du poète de langue allemande Paul Celan (qui s’était suicidé à Paris en avril 1970) sera essentielle. Elle le confirmera dans une identité juive marquée par la Shoah et le destin d’Israël ; dès lors, il attachera toute sa poésie à l’idée de l’altérité et du témoignage. » 
 Alain Suied a été inhumé au cimetière du Montparnasse mercredi 30 juillet. La cérémonie a été célébrée par le Rabbin Yeshahia Dalsace selon le rite juif. Un mot d’adieu a été prononcé par son ami et éditeur Gérard Pfister. Qu’on nous permette, pour tous ceux qui, en cette fin juillet, n’ont pu être présents, d’en laisser ici la trace : « Alain a vécu pour l’écriture, pour la poésie : \"le poème, écrivait-il, est toujours au devant de nous’’. Il a vécu pour son œuvre, aux dépens de sa propre vie. En assumant la solitude et l’inconfort que lui valaient son courage et son intégrité. Espérant toujours le meilleur pour son œuvre, et s’effaçant derrière elle comme s’il n’y avait de vie que dans le poème. 
 « Entièrement dédié à l’écriture, il était cependant attentif à toutes les choses de notre monde. Passionné de musique, il s’y était dévoué sans compter, au sein du
Triptyque, avec Pierre d’Arquennes, et de l’Académie Charles-Cros. Féru de psychanalyse, il était l’un des meilleurs connaisseurs de quelques-uns des plus grands penseurs de notre temps. Il s’enthousiasmait pour la peinture, pour le cinéma, pour la science-fiction. 
 « Rien de ce qui se passait dans la société ne le laissait indifférent : par son travail dans les services de l’emploi, il connaissait très concrètement les situations de détresse qu’engendre la tyrannie de l’argent. Par une profonde conscience de son identité juive, il était particulièrement sensible aux problèmes de l’intolérance et de l’exclusion. C’est que pour lui la poésie n’était pas une chose à part. Elle était au centre de tout. Elle était la parole même de l’homme dans la précarité et le mystère de sa condition. Écrire, c’était donc nécessairement porter toute la beauté et tout le malheur. C’était par nature, pour lui,une tâche prophétique.
 « Alain nous laisse ses poèmes. Il y est tout entier. Lisons-le, écoutons-le. C’est ce que nous pouvons faire de mieux pour être fidèles à sa mémoire. Il a vécu toute sa vie pour son œuvre. Vivons avec elle. Elle est porteuse d’avenir, d’amour, de vie. »