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Alain Roussel : "Un soupçon de présence" (éd. Le Cadran ligné)

mardi 17 novembre 2015

« Je suis parti de presque rien, d’un soupçon de présence : un arbre et un oiseau posé sur une branche. Bien malgré eux, ils ont servi d’alibi à ma propre existence : la preuve que je suis là, c’est que je les observe par ma fenêtre. »

Un soupçon de présence, c’est le titre qu’Alain Roussel a donné au livre qui vient de paraître aux excellentes éditions Le Cadran ligné, que dirige Laurent Albarracin. Les deux premiers ouvrages publiés par Roussel indiquaient une direction : Le poème après le naufrage (1977) et Le texte impossible (1980). Si l’écriture prenait place après la catastrophe, si dès lors elle se situait face à la négation même de ce qui la rend possible, il fallait que l’auteur mis au défi accepte de remettre en question sans relâche son écriture et de s’interdire toutes les facilités qui d’ordinaire peuvent la rendre confortable.

Les titres des ouvrages suivants, notamment ceux qui ont paru chez Lettres vives attestent que la direction annoncée, pour intransigeante qu’elle puisse paraître, n’a pas été abandonnée : qu’on se rappelle notamment La légende anonyme (1990), Fragments d’identité (1995), L’œil du double (2001) ou La voix de personne (2006). La parution récente d’un livre aussi détonant et foisonnant que Le labyrinthe du Singe (Apogée, 2015) montre également que cette fidélité n’a pas été au prix d’un assèchement et d’un appauvrissement, loin s’en faut.

Si Alain Roussel s’impose de ne pas dévier de l’essentiel, en une époque où une telle exigence est si rare, c’est renouvelant sans cesse son regard et son écriture. Tel est le mouvement de ce nouveau livre qui tout à fa fois se focalise imperturbablement sur le plus ténu de notre présence au monde et, plutôt que de tenter de le cerner par une réflexion intellectuelle, s’astreint à l’approcher par la contemplation la plus nue. « À partir de cet instant, des plus ordinaires, continue Roussel, j’ai essayé de mieux comprendre le fonctionnement mental que mes sensations, le plus souvent à mon insu, mettent en œuvre. En quoi consistent voir, entendre, toucher, goûter, sentir ? Je ne cherche pas à m’inscrire dans une démarche scientifique qui n’est pas de ma compétence. Ma quête est d’ordre poétique : en activant le principe d’analogie, j’ouvre des portes, des fenêtres, je crée des courants d’air dans ma façon d’appréhender le monde. »

Ouvrir les portes et les fenêtres, faire passer un peu d’air frais dans la vieille métaphysique cartésienne, tout en la réactivant dans sa rigueur et sa radicalité, voilà fait le plus grand bien. « Je regarde une dernière fois par la fenêtre, écrit Alain Rousse à la toute fin de sa méditation. […] J’écoute ce chant de la vie. Je l’écoute au dehors et en moi, dans ce texte où j’ai essayé de dire ce que je percevais, ce que je ressentais, ce que je pensais face à l’énigme de la présence, peut-être aussi de l’absence, avec un arbre et un oiseau pour tout viatique. » (Un soupçon de présence, Le Cadran ligné, 2015, 104 pages, 14 euros).